| Déshumidifier le miel
par Pierre Faure de Notre Dame de Lourdes |

Stockage de l'eau à la sortie du sécheur
|

Le miel qui sort de l'évaporateur
|

Condenseur
|
|
Cet article est paru dans Hivelight magazine (La revue du conseil canadien du miel)
Cet article est également sorti dans "Bee culture". |
|
Depuis 1999, nous gérons un cheptel de 700 ruches à Notre dame de Lourdes, Manitoba.
Au fur et à mesure des années, nous nous sommes vite rendu compte que la déshumidification du miel était un problème majeur en matière de performance.
En apiculture, et spécialement pendant la miellée, les journées filent à toute vitesse et produire du miel sec de bonne qualité peut être vraiment difficile surtout en utilisant des méthodes de déshumidification classique.
Notre système d’extraction ressemble à n’importe quel autre système au pays.
Il consiste en une chambre chaude jouxtant la miellerie dans laquelle sont entreposées les hausses de miel.
Six ventilateurs tournent continuellement en parallèle avec un système de dalle chauffante très performant qui maintient une température de 32 degrés Celsius à l’intérieur de la chambre chaude.
Un déshumificateur industriel mobile (Drizair 1200/2400) est mis en marche lorsque les hausses reviennent des champs.
Au cours des 4 premières saisons, le taux d’humidité trop élevé du miel nous a très souvent retardés dans notre travail, causant des pertes de salaires importantes au niveau des employés ainsi que des pertes de chiffres d’affaire au niveau de la compagnie.
En raison du taux trop élevé d’eau dans le miel, nous étions obligés de renvoyer le personnel à la maison pour le faire revenir le lendemain.
En effet, la seule solution pour résoudre ce problème consistait à stopper la ligne d’extraction et de laisser notre déshumificateur « Drizair » faire son travail 24 heures supplémentaires.
Quand le refractomètre affichait 20% d’humidité, la journée était quasiment « foutue »
|

Le bâti de la citerne
|

Citerne en cours d'assemblage |

Réchauffeur d'huile |
|
En 2004, après la construction de notre nouvelle miellerie, nous avons complètement repensé notre façon de faire en matière d’extraction.
Nous ne voulions pas réinstaller le même procédé dont on savait pertinemment qu’il n’était pas adapté.
Notre nouvelle stratégie consistait à faire tourner notre miellerie de manière régulière sans prendre en considération le taux d’humidité, le but étant d’amener des hausses vides sur les ruches plus régulièrement et d’extraire l’humidité du miel à la fin du processus d’extraction, exactement à l’opposé de ce que tous les apiculteurs connaissent.
En effet, il est bien connu dans le métier que l’humidité du miel peut être contrôlée dans la chambre chaude lorsque le miel est encore en rayon mais pas après.
Envers et contre tout, nous décidâmes de partir dans l’autre direction.
Tout le monde sait dans le métier que les abeilles utilisent énormément d’énergie pour ventiler le miel et le rendre consommable, mon idée était de réorienter les abeilles vers leur tâche principale, c'est-à-dire le butinage.
Concernant la ventilation du miel et la déshumidification, c’est moi-même qui allais m’en occuper.
Avec des centaines de milliers d’abeilles butinant dans les champs plutôt que ventilant dans la ruche, je pouvais définitivement améliorer mes rendements.
C’est ce que nous fîmes en 2005.

Bâti métallique pour la citerne
|

De l'huile de colza pour le bain-marie
|

En train de faire une soudure
|
|
Comment opérons nous ?
A la fin 2004, quant la construction de la miellerie fut terminée, nous avons acheté puis installé un déshumidificateur géant de la société Cooks and Beals, célèbre constructeur de matériel apicole dans le Nebraska.
Cette machine fait deux opérations en même temps, elles soufflent de l’air chaud et sec sur le miel qui pénètre à l’intérieur de la machine et qui s’écoule sur un plan incliné de 4m80 de long (4 x 1,20 m) puis elle rafraîchit l’air dans un système à condensation du type « air conditionné » qui extrait l’humidité de l’air.
Par évaporation, l’eau passe donc du miel à l’air pour être piégée ensuite dans le condensateur .
A la fin de notre journée d’extraction, si le miel est trop mouillé (mesure à l’aide d’un refractomètre digital ou optique), le déshumidificateur est mis en route.
Peu de temps après, lorsque la température de l’air atteint 45 degrés Celsius à l’intérieur du déshumidificateur, le pompage du miel peut commencer.
Le miel commence alors son long processus de déshumidification.

Système d'accrochage de l'évaporateur
|

Une résistance de 10.000 watts
|

Isolation supplémentaire autour de l'évaporateur
|
Au niveau de l’installation elle même, le déshumidificateur est suspendu au plafond de la miellerie juste au dessus d’une citerne à lait qui peut contenir jusqu’à 11 tonneaux de miel.
A la base de cette citerne à lait, se trouve une pompe Viking (1 pouce ¼ de diamètre) qui tire le miel de la citerne pour le pousser au sommet du déshumidificateur.
A la sortie du déshumidificateur, le miel retombe à nouveau dans la citerne à lait et ainsi de suite.
Une fois mise en route, la pompe ne s’arrête jamais si bien que le miel passe à plusieurs reprises dans le même circuit jusqu’à déshumidification complète.
La résistance électrique située à l’intérieur du déshumidificateur (10 kwatts) est programmée pour une température maximum de l’air à 45 degrés Celsius.
En utilisant ce réglage, la température du miel ne dépasse jamais 32 degrés Celsius,
La machine au grand complet, c'est-à-dire la citerne à lait surmontée du déshumidificateur est installée en bout de chaine d’extraction.
|
Comment ça fonctionne |
Le plafond de la miellerie situé à 12 pieds de hauteur nous donne suffisamment d’espace pour installer notre système de déshumidification.
Le miel s’écoule dans le déshumidificateur par gravité, de cette manière il peut être pompé indéfiniment, il n’y a aucun risque de débordement.
A intervalle régulier, nous contrôlons le taux d’humidité pour savoir s’il faut continuer ou non la déshumidification.
Avec l’expérience, nous connaissons approximativement la durée du processus de déshumidification dépendant la quantité de miel et le taux d’humidité de départ.
Pour une citerne à lait pleine de miel (7000 lbs) soit 2246 litres de miel (poids en kgs 3175 kgs), il faut retirer 45 litres d’eau pour faire baisser le taux d’humidité de 20% à 18%.
La capacité de déshumidification de cette machine étant de ½ litre d’eau toutes les 22 minutes, il faudra donc 33 heures pour obtenir les 45 litres d’eau nécessaire.
Pour 1% d’humidité en trop sur la même quantité de miel, c’est 22,5 litres d’eau qu’il faudra extraire soit 16,5 heures de fonctionnement.
Voir notre tableau d'aide à la déshumidification.
Pour gagner du temps, nous démarrons la machine très tôt en journée dès que nous nous apercevons que le miel est trop mouillé.
Un miel trop mouillé aura tendance a « splasher » dans le séparateur (centrifugeuse cooks and beals) alors qu’un miel sec s’écoulera sans bruit.
En réponse au bruit que fait le miel dans le séparateur, nous démarrons le déshumidificateur ou non.

Le miel est pompé jusqu'au sommet de l'évaportateur
|

Condenseur situé à l'extérieur de la miellerie
|

Panneau de commande
|
Cette machine a changé beaucoup de choses dans notre façon de travailler en particulier pour moi (organisation du travail et de la récolte).
Nous récoltons désormais de façon plus régulière sans tenir compte du taux d’humidité du miel.
Les hausses sont ramenées dans les champs après seulement 36 heures passées dans la miellerie, jamais plus.
Travailler avec du miel plus liquide, c’est un avantage énorme au niveau du pompage, c’est aussi du miel qui circule plus vite dans les tuyauteries, une séparation de la cire et du miel plus facile dans le séparateur , en résumé beaucoup moins de stress au niveau de l’usure du matériel.
Appuyer sur un simple bouton pour déclencher le processus de déshumidification a été une véritable libération.
Dès la première saison, nous avons gagné énormément de temps (environ 14 jours d’attente) tout en accélérant notre rythme de récolte.
Les employés restèrent occupés tout l’été sans perdre de salaire.
Nous avons pu expédier du miel sec tout l’été en obtenant des bonus intéressants grâce à la qualité de notre miel.
Ces bonus à eux seuls nous permettent à la fois de rembourser l’investissement que nous avons fait mais également de couvrir les coûts de fonctionnement (consommation d’électricité).

Le plan incliné sur lequel le miel s'écoule
|

Le ventilo pour brasser l'air chaud
|

Vue générale du sécheur
|
L’augmentation de production n’est pas évidente à démontrer car les miellées se suivent mais ne se ressemblent pas.
Ce système de déshumidification est très avantageux lorsque la miellée ne dure pas très longtemps comme en 2007 car les récoltes successives peuvent être réalisées en très peu de temps.
Concernant les spécifications techniques, notre panneau de 200 AMP a toujours été suffisament puissant même si les autres machines fonctionnent en même temps.
Le déshumidificateur à lui seul nécessite un disjoncteur de 60 AMP + un disjoncteur de 30 AMP pour le condensateur (système froid).
Ensemble, ce système utilise 14.500 watts de l’heure.
À 6 cents du kilowatt, le coût total revient à 28,71$ pour 33 heures de fonctionnement soit 2,61$ par tonneau (amortissement de la machine non inclus)

Mise à niveau
|

Détail du système d'accrochage au plafond
|

Détail du plan incliné
|
|